Actualités

Ce sont les femmes qui mènent à Hampden

Contrairement aux croyances populaires, les municipalités de campagne ne sont pas nécessairement à la remorque des grands courants. Elles peuvent même les appliquer plus rapidement que d’autres. À Hampden, la population de quelque 175 personnes n’a pas peur de faire confiance aux femmes et celles-ci n’ont aucune crainte à remplir le rôle traditionnellement dévolu aux hommes. L’instance décisionnelle de la petite corporation, le conseil municipal, est composé majoritairement de femmes soit cinq conseillères, toutes élues par acclamation à part ça. Comme le système démocratique fonctionne à la majorité, on peut dire que ce sont les femmes qui mènent et cela même si on compte deux hommes soit un conseiller Pascal Prévost et le maire, Bertrand Prévost.

Le journal a rencontré les cinq conseillères, Lisa Irving, Monique Scholz, Sylvie Caron, Chantal Langlois et Valérie Prévost, afin d’en savoir un peu plus sur l’état d’esprit qui règne au sein du conseil municipal de Hampden. Toutes souriantes lorsque le journaliste lance que ce sont elles qui mènent, les femmes ne voient pas ça du même œil. Pour ces élues, ce n’est pas une question d’homme ou de femme, mais de ce qui est le mieux pour les contribuables. D’ailleurs, elles précisent ne pas être animées par la cause féministe. Leurs actions ne sont pas motivées à faire avancer la cause. « Lorsque nous sommes assises, nous sommes des conseillères et ce que nous voulons, c’est faire avancer la municipalité pour le mieux des contribuables », précisent-elles sur un ton sans équivoque.

Les motivations de ces femmes, à faire le saut en politique, sont diverses et rassembleuses à la fois. Pour Mme Scholz, à l’époque, c’était d’assurer le maintien du service de bibliothèque. Pour Mme Irving, c’était d’inclure de la jeunesse et apporter une vision communautaire. Pour Mme Prévost, c’était la curiosité alors que Mme Langlois mentionne « j’étais rendue là dans mon implication » tandis que Mme Caron poursuivait en quelque sorte l’implication de son conjoint qui avait déjà cumulé le poste de conseiller. Si les raisons sont diverses, elles partagent toute la même motivation, celle d’œuvrer pour le bien de la communauté.

Lisa Irving, dont sa mère Madeline Irving avait été la première femme au conseil municipal de Hampden, est la doyenne du groupe, en termes d’expérience, avec un cinquième mandat, mais non consécutif. Monique Scholz en est à son quatrième mandat non consécutif alors que Sylvie Caron, Chantal Langlois et Valérie Prévost en sont à leur deuxième. Mme Scholz qui a plongé en politique municipale dans les années 90 et Mme Irving au début 2000 se rappellent que les choses n’étaient pas évidentes à leur début. « J’étais seule, des fois deux, il y avait des gens d’une certaine génération au conseil et ce n’était pas évident », d’exprimer poliment Mme Scholz. « Au début, j’avais de la misère avec les gars. Je leur disais c’est pas parce que je suis une femme que je ne suis pas capable de comprendre comment ça fonctionne la voirie », de lancer Mme Irving. « On s’est fait dire vous autres les secrétaires, parce que pour eux toutes les femmes étaient des secrétaires », d’exprimer les deux conseillères. Aujourd’hui, la voirie et l’entretien des chemins, entre autres, n’ont pas de secret pour nos cinq conseillères.

Celles qui en sont à leur deuxième mandat n’ont pas connu les rebuffades de leurs collègues. De l’avis des doyennes, les choses ont agréablement et rapidement évolué au cours des dix dernières années. On ne sent plus ce genre de regards ou de remarques, tout le monde est respecté et considéré égal, insistent-elles. Les conseillères mentionnent que les femmes ont une vision différente de la politique municipale. « On pense plus à long terme, on a instauré les rapports écrits d’ateliers et de comités. On croit qu’on a contribué à amener le conseil et la municipalité dans le XXIe siècle. » Se montrant réservées dans leurs propos, les conseillères croient avoir également contribué à l’amélioration de la qualité de vie dans la municipalité. Elles ont développé la confiance avec leurs voisins de Scotstown et travaillé conjointement sur divers dossiers que ce soit les loisirs, la Fête nationale, le projet de camping, le Marécage-des-Scots. « On a fait certaines choses en commun en se respectant. » Les conseillères souhaitent aller encore plus loin. Mme Prévost aimerait bien voir le regroupement du service des incendies, alors que Mmes Langlois et Caron souhaitent développer davantage le service des loisirs que ce soit seul ou en collaboration avec Scotstown. Ces élues prônent la collaboration, mais cela ne va pas jusqu’à parler de regroupement. Elles sont d’avis qu’il est possible de réaliser des choses conjointement pour le bien de chacune des municipalités tout en conservant leur identité respective.

Conseil
Ce n’est pas parce que les femmes sont majoritaires au conseil qu’elles sont pour autant toutes sur la même longueur d’onde. Les avis sont partagés sur divers dossiers et il peut en suivre de bonnes discussions. « On arrive à un consensus et personne «blaste» personne, on se respecte », d’insister les conseillères. Quant à la cohabitation avec les deux hommes, elle se fait correctement et dans le respect. « Le maire comprend que les temps ont changé. » D’ailleurs, elles semblent fières de leur maire, de son implication et croient que c’est réciproque.

Maire
Le maire, Bertrand Prévost, qui en est à son troisième mandat à ce poste en plus d’avoir été conseiller, a connu plusieurs conseils municipaux où pouvaient siéger une ou deux femmes. « C’est une autre business, un peu, quand c’est une majorité féminine, mais ça va bien. Ça change l’optique. Les hommes sont plus centrés sur la voirie, les taxes et les routes. Les femmes, c’est plus pour le social, le développement, la famille et la jeunesse. Ça les empêche pas de bien connaître la voirie et autres, elles s’informent », précise M. Prévost. L’arrivée massive des femmes au conseil a changé un peu la façon de faire, admet le maire. « Avec les femmes, il y a plus de rigueur. Les hommes ont tendance à arrondir les coins. On fonce et on accordera ça en cours de route. Les femmes, c’est plus by the book. Elles sont plus minutieuses que les hommes. » M. Prévost est satisfait de ses élues qui ont chacune leur spécialité, dit-il. « On est capable de se parler et de se comprendre dans l’harmonie. Les réunions dépassent rarement deux heures. »

Article précédentArticle suivant
©2019 Journal Le Haut-Saint-François