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Gestion de Valoris : Les élus de Cookshire-Eaton déçus et inquiets

Le président de Valoris et maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a fait l’objet d’un barrage de questions lors de la dernière assemblée régulière du conseil d’administration.

La mairesse de Cookshire-Eaton, Sylvie Lapointe, accompagnée des conseillers Louise Gosselin et Mario Gendron, a tiré à boulets rouges sur le président de Valoris et maire de Sherbrooke, Steve Lussier, lors de la dernière assemblée régulière du conseil d’administration. Mme Lapointe demandant même à M. Lussier s’il était assis sur la bonne chaise comme président du C.A.


« Je pense que oui. J’ai mis énormément d’efforts. Si vous regardez au cours des dernières années, il n’y avait pas de maire au niveau de Sherbrooke. Le maire a tout intérêt à être ici. Je suis fier d’être président et je vais continuer », de rétorquer M. Lussier.


Au terme de la rencontre, les trois élus de Cookshire-Eaton se disaient déçus, affirmant ne pas avoir eu de réponses à leurs questions. « Les explications données ne sont pas satisfaisantes », d’exprimer Mme Gosselin. « On nous dit, il faut avoir confiance, mais on ne l’a pas », d’ajouter la mairesse Lapointe. Rappelons que Mme Lapointe avait invité M. Lussier à participer à une rencontre dans le but d’obtenir de l’information quant au plan de redressement, le plan d’affaires et les projections de rendement.

Tout ça afin de préparer les prévisions budgétaires 2019. La rencontre avait été annulée à la dernière minute. M. Lussier mentionnait que des éléments de réponse ne pouvaient être donnés puisqu’ils sont en développement et que les membres du conseil d’administration devaient en être avisés au préalable. Il est prévu que le plan de redressement de Valoris sera communiqué en même temps que le budget en octobre prochain.


Loin d’accepter cette réponse, la mairesse Lapointe revient à la charge. « Nous, à Cookshire-Eaton, c’est 200 000 $ d’ici fin 2019 qu’on doit trouver. J’imagine qu’il va falloir faire notre budget en conséquence, on ne peut pas avoir le vôtre avant mi-octobre. Va falloir prévoir un 300 000 $ au budget sans savoir ce qui va résulter de vos états. » Le vice-président de Valoris et préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy, rappelle que la régie a donné des indications en fixant le coût de l’enfouissement à 241 $ et 243 $ la tonne avec une indexation de 2 % pour les années 2020 et 2021. « On est réticent un peu à ça parce qu’en 2019, on a été augmenté deux fois. C’est plate, mais je crois pas à ça que ça va rester là. » M. Roy rappelle que c’est l’objectif fixé. « Ce sont des prévisions. Le gouvernement est en train de revoir la Politique québécoise de la gestion des matières résiduelles. Nous n’avons aucun contrôle là-dessus. M. Gélinas (Denis Gélinas, directeur général) est en train de monter une belle structure. Je vous le dis, vous allez être satisfaits de voir le travail qui a été fait. »


Le conseiller Mario Gendron a poursuivi la salve de questions et de remarques en direction du président Lussier, en affirmant dans les médias avoir été étonné d’entendre qu’il était surpris de la sortie de Cookshire-Eaton. « Quand on fait une augmentation de 78 % la tonne et on a un rapport de la vérificatrice qui dit que la gestion de Valoris est une gestion troublante, que nous, on va rester les bras croisés. On a pris action, le directeur de la ville a fait un rapport. On vous a invité à venir nous parler pis vous n’êtes pas venu. Je comprends que vous attendez toutes sortes d’affaires, des réponses du gouvernement. Mais juste venir nous voir et nous dire : on a un plan de redressement. On va vous dire : où est-ce qu’on en est. Juste ça, ça aurait calmé le jeu. » Mme Gosselin ajoute : « on a été très déçus de ne pas vous avoir rencontré. Je peux comprendre comment fonctionnent les conseils d’administration, mais je comprends aussi comment fonctionne une crise et quand il y a crise habituellement, on essaie de faire attention pour ne pas l’amplifier. Ne pas avoir jugé pertinent de venir nous rencontrer, pour nous dire minimalement ce que vous faites, je trouve que ça, c’est un manque de respect envers nous qui travaillons pour les citoyens. Je suis extrêmement surprise de voir l’ampleur des dépenses administratives. Aviez-vous commencé à travailler sur l’ensemble de la dette de 44 M$ avant le rapport de la vérificatrice générale ? Pour faire de la gestion, on n’a pas besoin de l’alarme de la vérificatrice générale. »

M. Lussier soutient qu’un travail avait été entamé préalablement, que le conseil d’administration avait déjà identifié plusieurs problèmes et travaillait à trouver des solutions avant que ceux-ci soient mentionnés dans le rapport de la vérificatrice. Il rappelle que le CA avait demandé à la vérificatrice générale de regarder l’ensemble depuis les débuts de Valoris.


Le président se dit conscient que les lacunes des administrations passées viennent jouer dans la confiance des gens envers la Régie intermunicipale du centre de valorisation du Haut-Saint-François et de Sherbrooke. Il réitère sa confiance envers les membres de son conseil d’administration et la décision d’ajuster le tarif du tonnage pour les municipalités membres. Du montant imposé de 237 $ la tonne, une partie est dévolue au tarif d’enfouissement, la gestion des eaux de lixiviation, le traitement des biogaz, l’administration et le remboursement de la dette. Soulignons que le prix pour les non-membres est de 133 $ la tonne et de 95 $ pour les entreprises privées.


Appui partagé
Une brève tournée téléphonique auprès de quelques municipalités démontre que les opinions sont partagées envers la démarche de Cookshire-Eaton. À Westbury, on est en faveur de l’initiative entreprise, même qu’on songeait à l’appuyer d’une résolution lors de la séance du conseil de cette semaine. « Nous, on n’acceptera aucune autre augmentation », d’exprimer le maire Gray Forster. « Moi, je comprends tout à fait la mairesse. Sylvie a sonné une clochette. Moi, je n’étais pas offusquée », d’exprimer Céline Gagné, mairesse du canton de Lingwick. Toutefois, Mme Gagné mentionne avoir une grande confiance envers le préfet et vice-président de Valoris, Robert Roy. « Je trouve Robert honnête avec nous autres. J’ai confiance en notre préfet. » À Scotstown, le maire Ian MacAulay a laissé savoir sur les ondes de Radio-Canada qu’il était préoccupé par la gestion de Valoris.
La position est à l’opposé du côté de La Patrie. « On n’appuie pas du tout », de trancher la mairesse Johanne Delage. « Je la comprends (Sylvie Lapointe), mais faut être stratégique. Il faut laisser la chance aux administrateurs de prendre ça en main. » La mairesse de East Angus, Lyne Boulanger, n’appuie pas la démarche et dit faire confiance au conseil d’administration de Valoris. En avouant être dans l’attente d’une date pour rencontrer les gens de Valoris, le maire de Weedon, Richard Tanguay, se montre prudent dans ses propos. Il dit comprendre le conseil de Cookshire-Eaton de vouloir poser des questions et ajoute que lui et son conseil en ont également, mais préfère faire preuve de patience. « Je trouve un peu dangereux de crier au loup. Je ne suis pas sûr qu’on s’aide. Je pense que les gens qui nous représentent font une bonne job. Faut juste leur laisser la chance. » La mairesse de Dudswell, Mariane Paré, fait preuve de retenue.

« Je suis un peu moins d’accord. On a constaté qu’on avait des faiblesses et là faut peut-être regarder pour améliorer. Je crois qu’à long, long terme, on ne regrettera pas d’avoir ça. Pour l’instant, ça fait mal, ça coûte cher, on paye pour nos erreurs. »

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